En février 2009, j’achetais des actions de Pages Jaunes au prix de 5,75$ l’unité. Tout le marché était en baisse drastique. Le mois suivant, on allait être au plus creux de la crise et de nombreuses actions allaient revenir au même prix où elles étaient 7-8 ans plus tôt. On se serait cru au seuil de l’apocalypse.
Au début de l’année, j’avais ouvert un CELI et j’avais maintenant le goût d’y investir un peu d’argent, après tout, le marché pouvait pas vraiment descendre plus bas que ça. Comme le CELI est un compte d’épargne libre d’impôt, quoi de mieux qu’une action rapportant beaucoup de dividendes pour en profiter pleinement? C’était comme ça que je réfléchissais. Ça fait qu’après un peu de recherche et des discussions avec Jean-Guy, mon voisin de bureau qui était en train de m’initier à la bourse, j’ai décidé de m’acheter des actions de Pages Jaunes.
Pages Jaunes offrait à ce moment là un dividende annuel d’environ 20%. Wow! La caisse pop, elle, m’offrait 1% par année. Différence himalayenne. Comme j’étais nouveau sur les marchés boursiers, je savais pas trop comment envisager le titre. Jean-Guy m’a dit que l’entreprise était bien gérée et, en regardant un peu les états financiers, j’ai vu moi aussi que les profits étaient au rendez-vous même si le cours de l’action avait pas mal baissé au cours des dernières années (avant la crise).
Pages Jaunes était une fiducie de revenus et la loi était sur le point de changer. En gros, ce que j’en ai compris, c’est que les fiducies de revenus pouvaient distribuer de gros dividendes puisqu’elles n’étaient pas imposées au même titre que les compagnies. Les dividendes étaient donc des profits redistribués aux actionnaires qui avaient eux à payer l’impôt à la place de la compagnie. C’est peut-être pas tout à fait ça, mais je pense que c’est pas trop loin de la réalité.
Mais peu importe ces impôts à payer, comme j’allais recevoir tous ces dividendes dans un CELI, ça changeait rien. J’allais m’enrichir d’au moins 20% à chaque année. J’allais être riche.
Après 3 mois, le dividende a été réduit pour permettre à la compagnie de continuer sa transition de fiducie à compagnie. Ça me donnait maintenant un dividende d’environ 14% à chaque mois. C’était encore très bon. Le prix de l’action restait relativement stable. Ça a baissé autour de 4,70$ à un moment donné, mais généralement, ça restait entre 5 et 6$. Le prix est même monté à 6,80$ à un certain moment.
Les évaluations de Pages Jaunes que je lisais sur Internet étaient toujours correctes. Les rapports annuels et résultats trimestriels étaient aussi corrects. Rien d’exceptionnel, mais rien d’inquiétant non plus.
Mais en février 2011, au moment où le dividende a encore été réduit et où la fiducie a été transformée en compagnie, on dirait que Pages Jaunes est passée d’une entreprise normale a une entreprise en danger. Tout le monde est devenu fou. Le cours de l’action est passé de 6,30$ en février à 3,68$ à la fin mai.
Entre temps, plusieurs nouvelles sont sorties, me mettant toutes plus en tabarnac l’une que l’autre. Premièrement, Pages Jaunes a vendu la société Trader pour 745 millions, soit un prix inférieur au coût d’acquisition quelques années plus tôt. Personne ne peut se réjouir d’une compagnie qui décroit au lieu de croitre. La compagnie devait vouloir aller chercher de l’argent pour patcher des trous ailleurs, comme pour honorer son versement de dividendes. Compte tenu du fait que la distribution d’annuaires semblait aller de moins en moins bien depuis quelques années, c’était une autre mauvaise nouvelle. Comble de la grosse marde, Marc Tellier (nom à retenir), le Président de la compagnie avait été payé 9 millions de dollars pour gérer une compagnie en déclin constant depuis quelques années. Ça m’a vraiment mis en beau tabarnac. Cet osti là était mieux payé qu’un paquet de dirigeants de grosses compagnies, comme le Canadien National par exemple, qui vont bien et qui sont en croissance. Cerise sur le sundae : le coût de conversion de la fiducie en compagnie avait aussi été 20 fois supérieur à celui de la moyenne des fiducies. Bref, tout semblait aller tout croche dans cette ostie de compagnie de marde et aucune annonce n’était faite pour éclaircir tout ça dans le but de rassurer les investisseurs.
Ça fait que j’haïssais Pages Jaunes de plus en plus chaque semaine. Mais le cours de l’action avait tellement baissé que je me disais que c’était vraiment pas une bonne idée de vendre à un aussi bas prix.
Finalement, ce matin, j’ai décidé de liquider la quasi-totalité de mes actions de Pages Jaunes à un prix que j’aurais jugé totalement inacceptable il y a seulement quelques semaines. En fait, j’aurais été tenté d’attendre un peu plus, mais comme j’ai vu que les actions de BMTC (Brault Martineau Tanguay) étaient à leur plus bas depuis presque un an, j’ai décidé de vendre Pages Jaunes pour acheter BMTC (achetées à 19,79$ l’unité).
Comme cette compagnie a connu un rendement moyen de 30% au cours des 10 dernières années tout en étant reconnue comme une des entreprises les mieux gérées dans la voie lactée, je me suis dit que ça serait pas une mauvaise idée de passer d’une ostie de compagnie de marde en glissade constante vers le néant à une compagnie solide dont l’action pourrait ne pas monter de manière excessive au cours des prochains mois mais ne devrait pas non plus baisser. En fait, je m’attends pas à faire du 30% par année mais je me dis que j’ai de bonnes chances de faire au moins du 15% étant donné le haut rendement de la compagnie qui rachète constamment de ses actions et qui n’a aucune dette à long terme.
Contre toute attente, j’ai pratiquement pas perdu d’argent avec mes actions de Pages Jaunes. J’ai fait le décompte et, en considérant les coûts de commission, j’ai perdu 48$ avec l’action en deux ans (merci aux généreux dividendes qui ont absorbé ma perte de 1000$ sur le cours de l’action).
Si je pousse un peu plus loin ma réflexion, je ne peux toutefois que m’atterrer de consternation en réalisant que j’ai en fait probablement plutôt perdu 3 000$ parce que si j’avais acheté des actions d’une compagnie solide comme la Banque Scotia, j’aurais doublé mon montant investi depuis 2 ans.
C’est le dur prix de mon apprentissage livré pour vous, chers non investisseurs qui vous calissez probablement de la bourse.
Je conclus avec un tableau présentant un état de situation en date d’aujourd’hui en ce qui concerne mes investissements à la bourse :
| Nom de la compagnie | pourcentage de toutes mes sommes investies à la bourse | pourcentage de la valeur actuelle de mon portefeuille en date du 3 juin 2011 |
| Banque TD | 25% | 28% |
| Banque Scotia | 24% | 30% |
| SNC Lavalin | 21% | 17% |
| TransCanada Pipelines | 9% | 10% |
| Johnson and Johnson | 8% | 6% |
| Groupe BMTC | 5% | 4% |
| Cominar | 5% | 4% |
| Biosyntech | 2,5% | FAILLITE DE LA COMPAGNIE, BRAVO CHAMPION |
| Pages Jaunes | 1,3% | 1% |
Je suis donc maintenant en paix avec toutes les compagnies dont je détiens des actions (excepté les deux dernières).