Cette fois-là, c'était la bonne puisqu'on n'a pas été renvoyés à la maison. Au contraire, Aimepé était dilatée à 5 cm lors de son évaluation, ce qui indiquait que le bébé était près de la porte de sortie.
Après de longues heures d'attente à dormir debout sur la chaise berçante de la salle d'accouchement, le bébé est arrivé. C'était très exactement à 5h16 du matin le dimanche 27 septembre. En gros, j'ai trouvé que l'accouchement ressemblait à un match de football: beaucoup de temps d'arrêts entre les contractions (périodes de jeu) et peu de résultats visibles.
C'est aussi pas mal fatiguant pour le père de voir sa blonde forcer pendant 3 heures à toutes les deux minutes sans que rien ne sorte. Moi, en tout cas, je forçais avec elle par en-dedans. Dire qu'en début de soirée, je pensais que le bébé allait peut-être arriver avant minuit... À un moment donné, j'ai révisé mon estimation pour 3h30 AM au maximum. Finalement, ça s'est terminé presque 2 heures plus tard.
Ça ne m'a pas troublé ou dégoûté de voir le bébé sortir. En fait, la seule chose vraiment dégueulasse, c'est le placenta. On dirait un gros gigot de tiraille, de gras, de veines. Même très bien apprêté, je ne vois pas comment des gens peuvent manger ce truc-là. Enfin, j'ai filmé l'accouchement et c'est déjà pour moi un des souvenirs les plus précieux que je possède. J'ai interrompu mon petit film pour couper le cordon ombilical, substance assez coriace rappelant les élastiques utilisés sur les "sling shot". On m'avait dit que la coupure du cordon était un moment particulier. Ça m'a plutôt laissé indifférent. Faut dire que j'avais un bébé à caresser.
Par la suite, le bébé, qui faisait un peu de fièvre, s'est fait poser un cathéter sur la tête pour recevoir ses médicaments. J'étais en beau tabarnac après l'équipe d'infirmières qui ont dû piquer mon bébé à 20 places différentes (dont peut-être 10 places différentes sur la tête) pour trouver une veine. Je sais qu'elles ne faisaient pas exprès et on m'a expliqué qu'un bébé qui fait de la fièvre est plus difficile à piquer, mais sacrament, c'est inhumain de voir un bébé qui n'a pas encore 3 heures de vie se faire piquer partout sur le corps. J'ai trouvé que sa petite vie commençait pas mal trop raide.
Les choses se sont assez vite replacées. La fièvre du bébé n'a jamais pris d'ampleur. Malgré tout, on a quand même passé 3 nuits (Aimepé 3 nuits, moi 2 nuits) à l'hôpital pour ne prendre aucune chance. On a pas beaucoup dormi pendant ces nuits là parce qu'on était continuellement dérangés par les infirmières qui allaient et venaient pour prendre le poids, la température, donner des médicaments au bébé. On a aussi pogné un couple de colocataires dont le gars ronflait comme un moteur de boeing ce qui a rendu notre sommeil encore plus pénible.
Au bout du compte, malgré tous ces petits inconvénients, j'y ai gagné énormément. Je suis déjà amoureux de mon petit bonhomme. C'est vraiment spécial comme sensation de sentir que quelqu'un dépend entièrement de nous. Ça ne me fait pas peur, au contraire, c'est comme une petite boule d'amour qui devrait normalement m'accompagner pour le restant de ma vie. J'y trouve un grand réconfort.
Je sais qu'il y a des gens qui feraient d'excellents parents mais qui ne peuvent avoir d'enfants pour diverses raisons (infertilité, décision trop tardive, fausses couches à répétition, etc). Je suis très chanceux car ça n'a pas été mon cas. J'ai un beau petit bonhomme en santé que j'embrasse aussi souvent que possible. J'aime sentir ses petits cheveux et sa peau de bébé, j'aime le tenir dans mes bras et le rassurer quand il pleure. J'aime entendre ses petits sons de bébé. C'est aussi la première fois de ma vie où je ramasse les innombrables cacas de quelqu'un d'autre avec le sourire.
Aujourd'hui, peut-être pour la première fois de mon existence, je suis très reconnaissant envers la vie.

