mardi 29 décembre 2009

Quatrième partie: 1996-1998

Si on se fie aux autres transitions scolaires de ma vie, on pourrait anticiper que j'ai pleuré pendant toute ma première session au cégep de Ste-Foy.

Mais non, car c'est ici que se situe une nette coupure avec le reste de mon parcours scolaire. Car de toutes mes années d'école, ce furent assurément celles passées au Cégep qui furent les meilleures.

Si je n'avais qu'à utiliser un mot pour décrire le Cégep, ce serait le mot "filles". Après avoir passé cinq années dans une école où les classes étaient généralement composées de 4 à 10 filles (4 filles dans ma classe de secondaire 1 contre peut-être 8 ou 10 filles dans ma classe de secondaire 5), je me retrouvais maintenant dans un milieu composé à plus de 50% de filles, et, comble de l'amélioration de situation, une impressionnante quantité de ces filles étaient belles ou très belles. Je ne crois pas, par la suite, avoir fréquenté un milieu aussi fertiles en jolies filles que le Cégep de Ste-Foy.

Un autre aspect qui me plaisait du cégep, c'était l'étendue des gens et des lieux qu'on y trouvait. Il y avait la COOP étudiante où on faisait presque tous nos achats. Dans l'aile H se trouvaient les artistes (H pour haschish). Il y avait une immense cafétéria de deux étages. Dans cette même cafétéria se trouvaient quelques regroupements particuliers, dont une table de déficients et de ti-counes qui s'échangeaient des cartes de Magic The Gathering. À l'association étudiante, on retrouvait quelques petits politiciens en herbe qui voulaient faire des grèves pour n'importe quelle niaiserie (on a d'ailleurs eu quelques grèves pour des niaiseries). Il y avait un journal étudiant dans lequel j'ai tenté, sans succès, d'écrire. Il y avait la radio-étudiante à laquelle j'ai participé le temps d'une session avec mon émission sur le rock classique. Je crois que mon émission n'a été acceptée que parce qu'une plage horaire était libre et que personne d'autre que moi n'avait postulé (j'ai toujours été déphasé par rapport à ma génération pour la musique).

Mais parmi tous les endroits du Cégep, mon lieu préféré était assurément la bibliothèque. Je m'y rendais pour faire mes travaux et devoirs mais aussi pour regarder toutes les créatures du bon Dieu qui y passaient du temps. C'était merveilleux.

J'aimais beaucoup l'autonomie du cégep. Le concept de "trous" entre les cours me plaisait énormément. Je pouvais faire ce que je voulais. Je me souviens d'être parti à pied du Cégep (en passant par cet endroit étrange qu'était le Campus de l'Université Laval) pour me rendre au Archambeault du Boulevard Laurier pour aller y lire des livres dans les allées.

Mais l'utilisation la plus mémorable que j'ai faite de mes trous fut sans doute de me rendre au bar La Relève à quelques reprises en après-midi, entre deux cours. J'allais y boire plusieurs pichets avec mes amis Christian et Erick dans l'unique but de prendre un coup entre cégépiens. Je me rappelle entre autres avoir été complètement saoul lors d'un cours de philosophie. Puisque je ne comprenais pas grand chose à la matière en étant à jeun, j'allais peut-être saisir où le prof voulait en venir avec quelques pichets dans le corps.

J'ai suivi des cours d'éducation physique bizarres puisqu'on m'accordait toujours mes derniers choix (on devait faire 4 ou 5 choix de cours d'éducation physique et on me graciait toujours de la dernière ou avant-dernière position). J'ai donc hérité des cours de jogging, relaxation et finalement, de tai-chi. Mon cours de jogging fut dispensé par Marcel Bouchard, le chroniqueur sportif de TVA. Marcel aimait beaucoup jogger avec les jolies filles de la classe, groupement dont je ne faisais pas partie. Je me rappelle avoir fait un exposé oral dans ce cours où Marcel pleurait tellement il riait. J'avais dit quelque chose comme: "Avant de faire de l'exercice, il faut s'assurer d'avoir mangé une ou deux heures au préalable car sinon, on peut vomir et ce n'est ni pratique, ni agréable". Bon, c'est pas particulièrement drôle, mais dit de façon sérieuse lors d'un exposé oral, c'est un peu plus amusant, j'imagine.

Je n'ai pas eu une très bonne note pour ce cours (ni pour cet exposé j'imagine?) ainsi que pour tous les autres cours d'éducation physique. J'ai d'ailleurs subi une humiliation suprême dans le cours de tai-chi. Nous pratiquions notre "forme courte" ou une quelconque autre série de mouvements lorsque le prof est passé à côté de moi en disant "C'est pauvre". J'essayais pourtant de faire de mon mieux et je n'ai jamais compris pourquoi mon prof avait été aussi dur à mon endroit ce jour-là. Quoiqu'il en soit, j'espère que ce vieux calisse est mort aujourd'hui.

En repensant à cette époque, je me souviens de plusieurs personnes et de certains cours que je n'ai vraiment pas apprécié. Heureusement, ce qui était bien, c'était que la plupart des gens n'étaient avec moi que dans un seul cours, deux si j'étais chanceux/malchanceux. Je n'ai donc pas trop rêvé de tuer des gens à cette période de ma vie. Malgré tout, les travaux d'équipe me servaient plus à détester les gens qu'à m'y faire des amis. En fait, à cette époque, je ne détestais pas explicitement les gens. Je crois que j'étais un peu plus subtil, notamment en les écartant. À ce sujet, je me rappelle d'un cours de méthodologie du travail en sciences humaines où j'ai dit à la fille qui était avec moi lors du travail précédent que j'allais être seul pour le prochain travail (au travail prédécent, elle n'avait pas fait grand-chose et ce qu'elle avait fait était mauvais). Je me suis retrouvé avec une note parfaite avec cet autre travail. Peut-être cela a t-il contribué à me faire comprendre qu'on n'était jamais si bien servi que par soi-même?

Je m'étais dirigé en sciences humaines dans le but de devenir géographe, historien ou démographe. J'entendais souvent dire que ces domaines n'étaient pas très prometteurs mais j'étais persuadé que seuls ces sujets m'intéressaient au point d'en faire une carrière. Au moment de faire mon choix pour l'Université, au début de 1998, j'ai coché "Enseignement secondaire de la géographie et de l'histoire" comme premier choix et "Géographie" ou "Histoire" en deuxième, sur le formulaire. Je me disais que l'enseignement me permettrait de me trouver une job et les sciences humaines, d'aimer ma job.

J'ai passé une entrevue de groupe à l'Université pour entrer au B.E.S.S. J'y ai très mal performé. J'écoutais les gens s'obstiner entre eux telles de petites bolles du secondaire et ça ne me tentait vraiment pas de débattre avec ce type de gens. Heureusement, le dossier académique avait une plus grande importance que l'entrevue, ce qui m'a permis d'être accepté au Bac. Entre-temps, je m'étais renseigné et j'avais finalement compris que j'avais plus de chances de me nourrir de beurre de peanuts à long terme en étudiant en géo ou en histoire que dans un domaine plus pratique.

C'est ainsi qu'en l'espace de quelques semaines, quelque part au début de 1998, j'ai décidé de devenir professeur au secondaire.