mercredi 30 décembre 2009

Cinquième partie: les étés 1998 et 1999

Dans la chanson "Summer of '69", Bryan Adams nous parle des "meilleurs jours de sa vie". J'imagine que tout le monde garde le souvenir d'une période spéciale comme ça. Pour moi, ce furent les étés 1998 et 1999.

Tout avait commencé à l'hiver 1998. Je me disais alors qu'il était temps pour moi de trouver un premier vrai emploi d'été. Jusque là, je n'avais accompli que de petits boulots éphémères: j'avais goûté à un licenciement hâtif dans le cadre de ma carrière de cueilleur de fraises en 1993. À l'été 1997, j'avais travaillé une seule journée dans un terrain de camping, le temps de pelleter un tas de terre noire. Je n'avais pas été rappelé par le propriétaire du camping en question. J'imagine que je n'avais pas été un pelleteur à la hauteur. Ou peut-être que j'avais représenté la main d'oeuvre idéale pour faire cette job de merde et ne plus être rappelé par la suite...

Ainsi, en janvier ou février 1998, en voyant un avis de recherche d'animateurs de terrain de jeux dans le journal local, j'ai décidé de postuler. Je ne sais pas jusqu'à quel point le poste m'attirait mais je suis convaincu que ça me convenait plus que n'importe quel travail manuel.

C'est vers la fin juin de la même année, après quelques rencontres et formations, que j'ai commencé à être animateur. Bien que je me sois senti un peu en dehors de ma zone de confort lors des premières rencontres, j'ai fini par bien m'intégrer aux autres animateurs. Cynthia, la responsable, semblait beaucoup m'aimer, ce qui était un avantage non négligeable pour mon intégration. Je me rappelle qu'à la fin d'une des soirées de formation, tous les animateurs étaient réunis dans un coin de salle. En arrivant, Cynthia m'avait sauté dans les bras sans raison. Je n'ai jamais compris pourquoi c'était arrivé mais j'ai au moins réalisé que j'étais au moins un peu apprécié par la boss.

À bien y penser, les deux raisons principales qui m'ont fait apprécier ces périodes estivales ont été le fait que j'ai été leader d'un groupe de jeunes et membre d'un groupe d'animateurs.

J'ai eu la chance d'être l'animateur de très bons groupes de jeunes de 10 ans au cours de ces deux étés. À chaque année, j'avais avec moi quelques petits leaders qui étaient derrière moi et qui me faisaient parfois sentir comme le gourou d'une secte (ce qui n'est pas quelque chose de désagréable). Je crois que, hormis quelques rares jeunes, la plupart m'aimaient bien. Contrairement aux autres animateurs, j'ai toujours vu les enfants comme des amis plutôt que comme des clients, ce qui faisait nuance d'avec l'approche préconisée. D'ailleurs, je me rappelle que Catherine, la responsable de l'été 1999 (que je n'appréciais guère... et vice versa) m'avait un jour demandé comment je me voyais. Je lui avais répondu "comme un entertainer" et j'avais remarqué qu'elle n'avait pas apprécié ma réponse. Pour elle, nous étions plus que ça. Nous avions un rôle éducatif à jour, ce qui me paraissait très prétentieux et pas conforme avec ce qui m'apparaissait être le souhait des jeunes dans mon groupe. Les petits gars de 10 ans veulent jouer et brûler de l'énergie, pas apprendre des notions de morale (bien entendu, si ça se chamaille ou ça s'écoeure, l'animateur doit intervenir, mais c'est la seule situation où les leçons de morale sont justifiées dans un terrain de jeux).

Enfin, je pourrais argumenter longtemps là-dessus avec tous les professeurs du monde entier qui pensent que, dès qu'on évolue auprès des jeunes, on a un rôle éducatif à jouer. Je pense tout de même que ma conception des choses a bien fonctionné puisque plusieurs jeunes de ces années là se sont par la suite retrouvés dans ma liste ICQ et dans ma liste MSN. Longtemps après avoir quitté le terrain de jeux, j'ai organisé un feu annuel en arrière de chez mes parents intitulé le "By the fireplace". J'y invitais les jeunes qui avaient eu le plus d'importance pour moi. On y buvait de la bière, on composait des chansons,on racontait des niaiseries en masse et, la dernière année (2006), j'avais fait imprimer des T-Shirts du By the fireplace et nous avions mangé une langue de porc tous ensemble. C'était mon événement annuel préféré, loin devant tout le reste. Je ne crois pas que d'autres animateurs aient fait quelque chose de semblable avec d'anciens "clients".

Le deuxième aspect qui a fait de cette période un moment mémorable, ce fut l'ambiance et l'esprit d'appartenance à un groupe d'animateurs. Il n'y avait pas de chicane entre les animateurs, on essayait tous de créer une ambiance dynamique et amusante. On faisait des partys le soir. On organisait des échanges de cadeaux hebdomadaires (les amis secrets), il y avait des projections de film en plein-air et ainsi de suite... De plus, sans le vouloir, j'ai suscité de l'intérêt chez 3 ou 4 belles filles au cours de ces étés là ainsi qu'auprès de 2 ou 3 adolescentes fréquentant le terrain de jeux. En fait, j'ai récemment réalisé que, 10 ans plus tard, j'allais littéralement passer des milliers d'heures sur les sites de rencontre pour faire la connaissance de filles beaucoup moins intéressantes que celles que j'ai connues au cours de ces deux étés là. Près de dix années plus tard, au lieu d'évoluer, j'étais passé à un niveau bien inférieur...

Au cours de mon premier été, un autre animateur m'avait surnommé Patou. En l'espace d'une ou deux journées, tous les gens fréquentant le terrain de jeux s'étaient mis à m'appeler ainsi, ce qui, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ne m'a jamais dérangé. Quelques années après avoir quitté le terrain de jeux, il m'arrivait encore de croiser dans la rue des jeunes qui m'appelaient toujours ainsi.

Parfois, j'entends la chanson "The boys of summer" de Don Henley à la radio et je me dis que ce serait la chanson idéale pour repenser à ces étés là avec nostalgie. Je ne sais pas jusqu'à quel point j'en suis nostalgique et à quel point ce serait plaisant de revivre ces étés là. Je sais par contre que ce fut la période la plus colorée et amusante de vie.

1 commentaires:

unautreprof a dit…

Ça a aussi été ma job estivale d'étudiante.
J'en garde des souvenirs très agréables. Animer des jeux et surtout, déconner avec les jeunes c'était amusant. Je pense que ça a aidé aussi à développer une relation avec mes élèves en classe, comme prof.