jeudi 23 avril 2009

Couper dans le gras

Au cours de ma carrière à la fonction publique, je suis passé par 5 secteurs différents (4 au sein du même organisme et un dans un autre organisme). Je n'ai jamais été dans le rush dans aucun de ces secteurs. À mon souvenir, je n'ai pratiquement jamais travaillé 35 heures au cours d'une semaine, malgré le fait que, sur ma paye, j'ai toujours été rémunéré pour 35 heures. En moyenne, je n'ai dû accomplir un travail concret qu'entre 5 et 10 heures par semaine. Si on mettait bout à bout toutes les pertes de temps et le niaisage, je dirais qu'au bas mot, j'ai passé une année complète sur sept à travailler 0 heures par semaine.

C'est révoltant pour les contribuables de lire ça. Mais une fois passée la révolte, il faut comprendre que c'est impossible que je sois une exception parmi tous les employés gouvernementaux. Ça ne se peut pas que je sois tombé sur des secteurs tranquilles 5 fois en ligne. Je pense donc que c'est comme ça presque partout au sein de la fonction publique, du moins pour les emplois de niveau professionnel.

Ma pensée se précise avec le temps sur ce qu'il faudrait faire. Je crois qu'il faudrait couper entre 50 et 66% des postes et augmenter substantiellement le salaire de ceux qui restent. Je pense qu'avec le surplus de travail transféré aux employés qui resteront, ça pourrait justifier de meilleurs salaires et une plus grande productivité et plus de satisfaction au travail (c'est rare qu'un employé est motivé en ne faisant rien de ses journées).

Aussi, fait très important, les employés des gouvernements fédéraux et municipaux sont mieux payés que les employés provinciaux (5 000 à 10 000$ de plus par année) et ne sont assurément pas plus performants. On n'a qu'à appeler à la ville pour s'en rendre compte.

Je pense qu'il faudrait que cet écart soit réduit et que le salaire de l'employé provincial moyen soit à tout le moins équivalent à celui de l'employé municipal moyen. Ça fera en sorte que la fonction publique provinciale pourra attirer de meilleurs candidats, ce qui sera très important dans le contexte de pénurie de main d'oeuvre qui commence à se faire sentir. Si on réduit la taille de l'état, on aura avantage à s'adjoindre les services de gens qualifiés et pas portés à regarder ailleurs pour une job mieux payée.

Pis tant qu'a y'être, en haussant les salaires, le gouvernement pourrait attribuer une responsabilité supplémentaire aux fonctionnaires. Pourquoi on n'appliquerait pas une fois pour toutes l'osti de concept d'imputabilité? Parce qu'à la fonction publique, quand un dossier tourne mal, c'est jamais la faute de personne. Ni d'un gestionnaire (ce qui est pourtant le cas dans 80% des problèmes qui surviennent), ni d'un professionnel (15% des cas), ni d'un technicien ou d'un agent de bureau (5% des cas). Cette absence d'imputabilité ou de responsabilité à la fonction publique me dégoûte profondément. Je hais savoir que des gens prennent des décisions de cabochon sans en subir les conséquences. Je pense d'ailleurs qu'il y a une impressionnante quantité de cabochons parmi les gestionnaires des divers ministères et organismes. Et je trouve ça complètement débile qu'on ne désigne jamais un ou des responsables lorsque ça va mal, mais que les promotions et les bonus sont distribués lorsque ça va bien. Dans le journal de Québec, on disait, il y a deux semaines, qu'un gestionnaire sur deux recevait un bonus à chaque année! Ark, mon boss qui rote tout le temps à son bureau et qui part souvent à 15h PM a probablement reçu un bonus???

Au bout du compte, tout le monde y trouvera son compte si on coupe dans la quantité mais on augmente la qualité. Si la fonction publique diminue de 50% et que le salaire de ceux qui restent augmente de 20%, ça fera quand même une nette diminution de coûts salariaux des employés de la province. Je suis convaincu que ce serait tout à fait possible d'appliquer ce que j'avance et que ce serait même bénéfique. Le seul effet notable ressenti serait une baisse d'achalandage sur les blogs, les jours de semaine.

Ça ressemble à un programme électoral mais c'est seulement l'opinion de quelqu'un qui a travaillé près de 7 ans dans la fonction publique. Dans mon dernier texte, je disais que le sujet de la fonction publique était une de mes idées fixes. C'est vrai, mais pour que j'y revienne aussi souvent, faut vraiment que les abus que j'y ai constatés m'écoeurent en maudit.

12 commentaires:

Patate a dit…

Pour travailler dans une entreprise privée et essayer de toujours trouver des moyens de me rentabiliser le plus possible, je ne peux qu'être d'accord avec toi.

Toutefois ça ressemble au monde des calinours ce que tu dis.

Parce que ton programme électoral va te faire perdre le vote en partant des 55 à 60% des fonctionnaires que tu veux flusher, ainsi que leurs conjoints et familles et amis, ce qui doit à peu près représenter 80% de la population du Québec.

Tu sembles donc être aussi utopique dans ta droite (sans aucun sens méprisant) que Françoise David dans sa gauche... ses idées ne fonctionneraient pas, les tiennes ne passeraient pas.

Aussi, et plate comme ça sonne, le monde que tu coupes ils vont faire quoi? Ça va te faire une esti de gang de mongoles à prendre en charge, cré-moé.

C'est plate à dire mais en-dehors du cercle vicieux ça ne tournerait pas nécessairement rond.

mélou a dit…

Criss, encore le coeur qui me lève. Je dois être enceinte ou couver une gastro.

Renée-Emilie a dit…

Ouf ce texte est totalement juste!

Je suis en techniques de la documentation et l'été je travaille dans la fonction publique et les abus qu'on peut voir! Le plus drôle c'est quand un employé ou même ton boss entre dans ton bureau en tapis pour te dire que tu travaille trop efficacement et que tu dois ralentir le rythme... mais si tu ralentit le rythme y'a quelqu'un qui va te dire d'aller plus vite et vice-versa... qu'est-ce qu'on s'amuse! ;)

Le Voyou du Bayou a dit…

Patate: J'ai peut-être pas assez développé sur le sujet du "coupage de postes".

Premièrement, il y a les départs à la retraite qui sont actuellement remplacés à raison d'un sur deux ou parfois même de 4 sur 10. On pourrait diminuer encore plus là-dessus à mon avis. On pourrait descendre à 1 ou 2 sur 10.

Ensuite, avec la pénurie de main d'oeuvre qui s'en vient (les pubs du gouvernement disaient qu'il y aurait combien? 700 000 postes à combler d'ici 4-5 ans genre?), je ne suis pas sûr que la baisse d'emplois offerts par le gouvernement affecterait le taux de chômage. Parmi les 700 000 postes, il doit y en avoir une couple de dizaines de milliers à la fonction publique, mais pas plus que 20 000-30 000 certain? Bon, j'émets des hypothèses ici mais c'est évident qu'ya pas 700 000 postes à l'administration publique.

Bref, il y a des circonstances favorables pour que les choses changent.

Mélou: C'est quand même bien de connaitre la vraie version que de se fier à tous ces fonctionnaires qui disent tout le temps qu'ils sont dans le jus. Sti que ça me fait retrousser les orteils.

Renée-Émilie: J'ai jamais vécu ce genre d'histoire par contre. Honnêtement, j'ai jamais ressenti de pression pour slaquer le beat. Mais j'ai plutôt senti à plusieurs reprises que je ne pouvais absolument rien faire pour accélérer le beat. C'est juste moins direct comme prise de conscience...

Renée-Emilie a dit…

Bien c'est surtout que dans mon domaine, le travail dans la fonction publique est très compartimenté alors si tu es trop efficace la personne après toi est surchargée de travail et si celle avant toi lambine tu te retrouve a ne rien faire durant des 3-4h de temps.....

Tu as totalement raison quand tu dis que tu ne peux pas vraiment aller plus vite. Je pense qu'on le ressens tous a un moment donné et que plusieurs excellents travailleurs se résignes a tourner en rond et baissent leurs performances pour s'adapter a ceux qui n'ont pas très envie d'être là et qui ralentisse la machine.

Parce que c'est beaucoup plus facile pour quelqu'un d'efficace de baisser ses critères que pour une personne moyenne de lever les siens...

small mama a dit…

mais, c'est pas vrai que tous le fonctionnaires se pognent le cul. dans certains cas, quelques uns travaillent pour le manque des autres.
En apssant, je ne suis pas fonctionnaire,j'en connais c'est tout.

Pur bonheur a dit…

J'habite sur un rang de campagne et c'est arrivé très souvent que je passe en voiture devant 2 ou 3 pick-up de la ville (cols bleus), 2 ou 3 hommes par camion, arrêtés à jaser et à attendre 4h POUR ALLER PUNCHER!!! J'ai bien envie de les prendre en photo..ha pis non, ils vont venir péter les vitres chez nous...

Renée-Emilie a dit…

Ha mais c'est toujours ça! Y'a deux trois amigos qui travaillent comme des damnés pour compenser ceux qui somnole a la semaine longue.

Ça varie toujours d'un service a l'autre de toute façon. Quand j'étais au centre de documentation du Ministère de l'éducation je travaillais a côté du service de promotion du Gouv. (tsé le petit bonhomme bleu Vazy? ben c'était eux!) et, même si le 3/4 des inventions gouvernementales du genre ne rejoignent pas vraiment les gens je peux affirmer qu'il n'y avait personne devenu champion de Démineur là bas!

Julie a dit…

Je suis aussi techn en documentation et l'été, quand j'étais étudiante, je travaillais également au gouv. du Qc.

L'horreur du désoeuvrement.
Je me suis fait dire par mon superviseur de faire du fonctionnariat (lire placoter avec les collègues, prendre des pauses dîner de 2 heures et végé devant l'ordi).

De plus, j'ai failli virer folle avec la maudite radio des secrétaires qui passe Rock détente à longueur de journée. Le supplice.

Rien foutre au gouv. du Qc c'est la norme. J'ai même vu des filles se faire les ongles!!!

Aujourd'hui je travaille dans une école sec., mais je reçois régulièrement des offres de ministères pour des contrats de 3, 6 ou 12 mois. Hahahahaha! Je leur ris en plein combiné... Faut rester polie tout de même...

Cloutov a dit…

Encore et toujours le même discours...y'avait longtemps que j'avais mis les pieds ici!

D'abord, les étudiants ou contractuels qui passent 11 semaines ou 2 mois (juillet et août), je crois pas que vous êtes bien placés pour porter un jugement sur la question... la plupart du temps, on vous garoche dans un cubicule pendant que tout le monde est en vacances...normal que vous ayez rien à foutre...y'a personne pour vous fournir. Oui, y'a un manque là p-être...ça je l'avoue.

Secondo, si j'avais travaillé entre 10 et 15 h semaines pendant 5 ans, j'aurais eu vraiment honte d'encaisser ma paye et j'aurais changer de job depuis longtemps. Dis-moi, t'as fait quoi pour que ça change à part que changer de ministère 5 fois? Pcq de mon côté je fais des heures supp pour arriver à baisser la pile de dossiers...et à part p-être 1 collègues sur 5, on est pas mal tous dans la même situation...et tous des pros...alors je sais pas quels secteurs t'as fait, mais généralisé de la sorte véhicule encore des préjugés faciles envers la fonction publique...c'est du prémâchés.


Je suis pas d'accord que tu veuilles niveller par le bas...et tu veux couper dans le nombre de jobs en prétextant qu'il y a un surnombre et augmenter les salaires?!! Ciboire, come on!! Faut travailler au service partagé pour se pogner le cul de même et avancé des conneries parielles! Criss nous on manque de personnel pour arriver, et c'est pas parce qu'on joue au démineur! Et c'est comme ça pour les autres secteurs avec lequel on travaille...alors je sais pas qui a raison ou tort, mais je pense qu'un autre son de cloche a toujours sa place.

Bon, tu m'as eu, j'ai réagis.

Cloutov a dit…

Désolé pour les fautes, l'émotion.

yman2 a dit…

il y a une petite nuance à apporter à ton commentaire, plus tu travailles près de la capitale plus tu perds du temps. Je travaille pour le gouv du Québec en région et bien que plusieurs personnes perdent du temps ce n'est pas si pire que les fonctionnaires provinciaux dans la capitale nationale. Pour avoir aussi travaillé au fédéral à Ottawa, je peux te dire que là ça fourre le chien en maudit sauf que si tu t'éloigne d'Ottawa ah ben là ça travaille un peu plus.

Mais travaillez plus ne veut pas dire travailler 35 heures semaines (37,5 au fédéral)

En fait le vrai problème c'est que les gens ne savent pas travailler efficacement et perdent du temps à générer des pertes de temps. Les fonctionnaires deviennent tellement institutionalisé par le système qu'ils finissent par perdre le sens de travailler vraiment efficacement et optent pour les méthodes non-efficace du système