Dans ce vaste concept qui lie l'existence à une montagne de fumier, il importe d'apporter la nuance suivante: la vie n'est pas constituée que de déceptions et d'événements disgracieux. Il existe des moments de bonheur répartis inégalement tout au long de notre vie ainsi qu'une vive lueur qu'on peut observer derrière nous.
Cette lueur, ce sont les plus belles années de notre vie. Ce sont ces moments passés qui, lors des périodes creuses, nous rappellent que le goût amer qui règne dans notre bouche a déjà été plus doux.
Depuis toujours, l'humain regrette sa jeunesse. Jusqu'à tout récemment, je pensais que la tendre enfance était la période qui suscitait le plus de nostalgie chez les gens. J'ai toutefois questionné quelques personnes autour de moi pour réaliser qu'un certain nombre considéraient que l'adolescence et le début de l'âge adulte étaient les plus belles années. Quoiqu'il en soit, on peut rassembler ces réponses pour dire que la plupart des gens regrettent d'abord et avant tout une période de relative naïveté.
En y réfléchissant bien, je me suis rendu compte que, pour moi aussi, ce n'était pas l'enfance qui semblait être la plus belle période. Cette époque se retrouverait plutôt tout juste derrière l'été 1998, période où je crois avoir été le mieux entouré de toute ma vie.
À l'été 1998, je sortais du cégep (dont je garde un assez agréable souvenir), je commençais à travailler au terrain de jeu avec des gens fort dynamiques et amusants tout en étant un modèle pour un groupe de jeunes que j'ai beaucoup aimés. Je n'avais pas de blonde mais je sortais régulièrement avec mes deux meilleurs amis. On prenait de la bière, on écoutait la même musique, on se parlait de nos conceptions de la vie. Bref, on se complétait.
Puis, 1999 a probablement été la pire année de ma vie. Ma relation avec mes deux meilleurs amis s'est effondrée: le premier s'est fait une blonde et a pris ses distances d'avec nous tandis que, quelques mois plus tard, le second a commencé à sortir avec la fille sur qui je trippais que je lui avais présenté (move impardonnable). À l'Université, je commençais un baccaulauréat en administration en compagnie d'une impressionante quantité de déficients mentaux. Au terrain de jeu, la nouvelle responsable de parc était une ostie et j'avais un trisomique dans mon groupe, ce qui me faisait badtripper. Amitiés, vision de la vie de couple, opinion des études universitaires, relations avec l'autorité: tout se désagrégeait dans ma tête. Et dans ma bouche, ça goûtait le caca. C'était l'éveil.
Cet enchainement s'étalant sur une année illustre selon moi très bien le concept des crocs-en-jambe du destin, cette idée selon laquelle un sentiment de volupté peut faire place à une grande désillusion sans signe avant-coureur... La naïveté et l'insouciance ne font qu'un temps et l'âge adulte sert d'abord et avant tout à nous faire prendre conscience que la vie n'est pas une balade dans un champ de tulipes.
Lors des plus belles années de notre vie, le ciel paraissait bleu et la mer paraissait chaude. Le jour de la chute, le ciel s'est voilé et les cours d'eau ont gelé. À partir de ce moment là, notre vision de l'existence n'a plus jamais été la même...
jeudi 6 mars 2008
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10 commentaires:
Malheureusement pour ta montagne de fumier, j'ai plutôt dans l'idée que l'âge adulte c'est ce que t'en fais.
C'est le moment où il faut que tu réalises que si tu veux te balader dedans, faut que tu te l'fasses pousser ton champ de tulipes.
Ah... j'dis pas qu'y a pas des invasions de sauterelles parfois.
Mais l'un dans l'autre, ça se fait.
J'aime bien ton récit, par contre... y a ben des points communs avec moi. Mais moi c't'ait pas Émilie, c'était Catherine ;)
Alors maintenant on sait exactement ce qui t'a rendu aussi amer... ;)
Blague à part... j'espère ne jamais perdre ma naîveté... surtout si c'est pour me laisser l'impression de vivre dans un tas de fumier... et Dieu sait que j'ai eu mon lot d'épreuves qui auraient pus faire en sorte que je la perde...
Si on passe notre vie en pensant que nos meilleures années sont derrière nous... à quoi ça sert de continuer alors???
J'espère sincèrement pour toi que tu ne penses pas vraiment que plus rien ne t'attends devant toi...
Moi je pense plutôt que la vie est constituée de moments de bonheur... entre-coupés à l'occasion de quelques déceptions ou évènement disgracieux... et que la lueur est devant nous... représentant nos espoirs et nos rêves...
Je suis peut-être une naîve optimiste... mais au moins je ne vis pas avec des regrets ou de l'amertume...
;)
Bah tu sais Voyou, je sais que tu sais que le fumier est nécessaire à la vie.
Il y a quelques années, je me plaisais bien à découvrir les innombrables fleurs et champignons qui poussaient allègrement sur mon "vrai tas de fumier". C'est pareil dans la vraie vie. Du malheur naît souvent de grandes joies car on apprend à mieux savourer les acalmies ou les petites douceurs.
Je dirais même que la personne ayant vécu dans la facilité et la stabilité sur tous les niveaux risque de s'effrondrer à la moindre embûche.
Tandis que toi et moi, on a appris à se relever et se débattre à mesure que le tas de fumier à grossit. (toi et moi incluant tous ceux qui s'y reconnaissent évidemment).
Au delà l'amertume, serais-tu plus réaliste que la plupart des gens?
Sur ce, bon week-end Voyou!
Le bonheur? Que du désir entremêlé d'illusions.
Que c'est bien l'illusion parfois.
On ne doit pas oublier que le titre du livre en question est "L'existence, cette montagne de fumier".
Bref, pas question d'être trop optimiste dans ma façon d'aborder les choses (pas de danger avec moi, de toute façon). Pas que je ne ressente pas ce que j'écris, mais je mets l'emphase sur le fait que la vie ne nous fait pas de cadeaux.
Je suis d'accord avec kattykane qui demande à quoi ça servirait de continuer s'il n'y avait que des déceptions dans la vie. En effet, tout le monde se serait pendu depuis longtemps si l'existence n'était qu'un long chemin boueux...
Je préfère toutefois tenir un discours négatif qui secoue plutôt qu'un discours optimiste insignifiant.
La vie ne fait pas de cadeau et Jésus n'est jamais venu à moi (titre d'un futur chapitre).
As-tu déjà pensé qu'un jour, tu auras 50 ans et que tu jugeras qu'en ce moment, à la fin de la vingtaine, tu est peut-être aussi stupide et naïf qu'en 1998 ?
C'est peut-être en ce moment, la plus belle période de ta vie...
Penses-y. T'as pas encore de neveu qui s'appelle Kevin.
Quand on entre dans la cinquantaine on prend conscience que l'on a sûrement le plus gros de sa vie derrière et on essaie de retrouver notre innocence et de s'émerveiller sur les petites choses de la vie, comme si notre temps était compté. Donc tu vois , profites au max du temps qui passe car il ne reviendra jamais! (Arf si je l'avais su plus tôt).
C'est vrai que notre vision change, on se désillusionne. Quand on prend conscience de certaines choses, c'est difficile de les revoir comme on les voyait avant et c'est normal. Je crois que la vie c'est un paquet d'étapes, comme un gros défit. Mais je crois aussi qu'il nous reste tout plein de belles années devant encore!
En passant! J'ai perdu le lien pour aller lire le blog à Morenita!Tu pourrais me l'envoyer Pat?
Merci
oui...
et non.
bon.
c'tu clair?
;)
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